Les tensions diplomatiques s’intensifient autour de la Tanzanie depuis les événements tragiques qui ont suivi le scrutin présidentiel d’octobre dernier. Dix-sept missions diplomatiques occidentales, dont celles du Royaume-Uni et de la France, exigent désormais des autorités tanzaniennes la restitution immédiate des dépouilles mortelles aux familles endeuillées. Cette pression internationale intervient dans un contexte où plusieurs centaines de personnes auraient perdu la vie lors de manifestations violemment réprimées, sans que les autorités ne communiquent de bilan officiel. La coalition diplomatique, menée par la délégation de l’Union européenne et comprenant également le Canada, la Norvège et la Suisse, dénonce des rapports crédibles faisant état d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées.
Des accusations graves portées par la communauté internationale
La déclaration conjointe des ambassades occidentales ne laisse aucune place au doute quant à la gravité de la situation. Ces missions diplomatiques évoquent explicitement des preuves d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de dissimulation de corps par les forces de l’ordre tanzaniennes. Le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Seif Magango, a corroboré ces préoccupations lors d’une conférence de presse à Genève, soulignant que le gouvernement tanzanien a intensifié sa répression contre les opposants depuis le vote.
Les rapports internationaux font état de plus de 2 000 détentions suite aux manifestations, avec des centaines de victimes présumées. Selon les informations recueillies, des dizaines d’individus, incluant des universitaires, des acteurs de la société civile et des responsables politiques locaux, ont été arrêtés depuis mi-novembre. Plusieurs arrestations auraient été effectuées par des personnels armés non identifiés, ajoutant une dimension particulièrement inquiétante à cette répression.
La communauté diplomatique réclame également la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et l’accès des détenus à une assistance juridique et médicale. Parmi les figures de l’opposition emprisonnées, Tundu Lissu, leader politique majeur, demeure incarcéré depuis avril sous des accusations de trahison. Au moins 240 personnes ont initialement fait face à ces mêmes charges avant que la présidente ne demande aux procureurs de faire preuve de clémence.
Le scrutin controversé d’octobre et ses conséquences
La violence post-électorale trouve ses racines dans le déroulement contesté du scrutin présidentiel du 29 octobre. Samia Suluhu Hassan a été déclarée vainqueur avec un score écrasant de près de 98% des suffrages, un résultat qui a suscité une indignation généralisée tant au niveau national qu’international. L’opposition a dénoncé cette élection comme une « parodie de démocratie », d’autant que les principaux rivaux de la présidente avaient été écartés de la compétition électorale.
| Mesures répressives | Impact |
|---|---|
| Coupure d’Internet | Empêchement de la diffusion d’informations |
| Interdiction de partage de photos | Limitation de la documentation des violences |
| Répression des manifestations | Centaines de victimes présumées |
| Arrestations massives | Plus de 2 000 détentions |
Les autorités ont déployé plusieurs stratégies de contrôle pour contenir la contestation. Un black-out Internet a été imposé sur l’ensemble du territoire, tandis que des menaces visaient quiconque osait diffuser des images des manifestations. Cette censure numérique a considérablement entravé la capacité des observateurs internationaux à documenter les événements en temps réel. Malgré ces restrictions, les témoignages ont continué d’affluer, révélant l’ampleur de la répression.
Les exigences diplomatiques et la réponse tanzanienne
Face à cette pression internationale croissante, les ambassades occidentales ont formulé des demandes précises et urgentes. Leur déclaration comprend plusieurs points essentiels :
- La restitution immédiate de toutes les dépouilles aux familles
- La libération inconditionnelle des détenus arbitraires
- L’accès à l’assistance juridique et médicale pour tous les prisonniers
- Le respect des engagements internationaux en matière de libertés fondamentales
- La garantie du droit constitutionnel d’accès à l’information et d’expression libre
Le ministère tanzanien des Affaires étrangères a réagi en indiquant qu’une commission d’enquête avait été mise en place pour clarifier les événements. Les autorités appellent la communauté internationale à attendre les conclusions de cette commission avant de porter un jugement définitif. Pourtant, les ambassades insistent pour que cette enquête soit indépendante, transparente et inclusive, impliquant la société civile, les organisations religieuses et les acteurs politiques.
Les tensions bilatérales et la posture présidentielle
Les États-Unis ont annoncé jeudi qu’ils reconsidéraient leurs relations avec la Tanzanie, le Département d’État déclarant ne pouvoir ignorer des actions qui mettent en danger la sécurité de leurs citoyens ou la stabilité régionale. Cette position reflète une détérioration significative des relations diplomatiques entre Dar es Salam et les capitales occidentales.
Dans un discours virulent mardi dernier, la présidente Samia a rejeté avec véhémence ces critiques internationales, accusant les nations occidentales d’ingérence dans les affaires intérieures de son pays. Elle a défendu l’usage de la force comme « nécessaire » contre des manifestants qu’elle accuse d’avoir voulu renverser le gouvernement. Sans fournir de preuves, elle a réitéré ses accusations selon lesquelles des acteurs étrangers auraient collaboré avec l’opposition pour provoquer un changement de régime.
Âgée de 65 ans, Samia Suluhu Hassan est devenue en 2021 la première femme présidente de Tanzanie suite au décès de John Magufuli. Si elle avait initialement été saluée pour avoir assoupli la répression politique, l’espace démocratique s’est considérablement réduit depuis. Sa déclaration de préparation à affronter de nouvelles manifestations prévues mardi prochain témoigne d’une escalade préoccupante des tensions politiques dans le pays.


