L’élection présidentielle bolivienne du dimanche 19 octobre 2025 marque un tournant historique pour le pays. Rodrigo Paz, candidat centriste de 58 ans, a remporté la victoire avec 54% des voix face au conservateur Jorge Tuto Quiroga. Cette victoire met fin à vingt années de gouvernance de gauche, dominées principalement par le Mouvement vers le socialisme (MAS) et l’ancien président Evo Morales.
Le fils de l’ancien président Jaime Paz Zamora a su capitaliser sur la frustration populaire concernant l’économie chancelante et l’instabilité politique. Sa campagne s’est construite autour de promesses de réformes graduelles et de lutte contre la corruption, évitant les changements drastiques proposés par son adversaire.
Une victoire surprise après un parcours électoral remarquable
Rodrigo Paz avait créé la surprise lors du premier tour d’août en passant de la dernière position à la première avec 32% des voix. Cette progression spectaculaire dans un champ de huit candidats témoigne de sa capacité à fédérer au-delà des clivages traditionnels. L’homme politique, sénateur depuis 2020, possède pourtant une expérience de deux décennies dans la vie politique bolivienne.
Son adversaire Jorge Tuto Quiroga, ancien président conservateur de 65 ans, prônait des réformes économiques profondes visant à réduire l’intervention étatique. Cette approche plus radicale n’a finalement convaincu que 45% des électeurs, selon les résultats préliminaires établis avec plus de 97% des votes comptabilisés.
La campagne de Paz s’est distinguée par une approche pragmatique, promettant de préserver les programmes sociaux tout en luttant contre la corruption. Il s’est engagé à gérer plus efficacement les ressources nationales sans recourir aux prêteurs internationaux comme le Fonds monétaire international.
| Candidat | Âge | Pourcentage de votes | Orientation politique |
|---|---|---|---|
| Rodrigo Paz | 58 ans | 54% | Centriste de droite |
| Jorge Tuto Quiroga | 65 ans | 45% | Conservateur |
Le rôle déterminant d’Edmand Lara dans la campagne
Le succès de Paz doit beaucoup à son colistier Edmand Lara, ancien capitaine de police devenu lanceur d’alerte. Cette figure atypique a su capter l’attention grâce à son image d’outsider et sa maîtrise des réseaux sociaux. De nombreux électeurs ont avoué voter pour le ticket présidentiel principalement en raison de la présence de Lara.
María Condori Nina, commerçante indigène de 55 ans, illustre parfaitement ce phénomène. Elle déclare voter pour Paz uniquement à cause de Lara, qu’elle considère comme « quelqu’un qui vient d’en bas » et qui comprend les difficultés du peuple. Cette perception contraste avec l’image de Paz, perçu comme déconnecté des réalités populaires.
Malgré sa popularité, Lara génère des controverses par son ton combatif et ses critiques des médias. Certains observateurs s’inquiètent de son influence potentielle sur l’agenda présidentiel. D’un autre côté, il a adopté un discours de réconciliation lors de son discours d’acceptation, appelant à l’unité nationale.
La fin d’une ère politique dominée par le MAS
Cette élection représente la première consultation présidentielle depuis 2002 sans Evo Morales ou un successeur désigné sur les bulletins. L’ancien leader indigène, qui a gouverné de 2005 à 2019, a profondément marqué la politique bolivienne en réduisant la pauvreté et investissant dans les infrastructures, l’éducation et la santé.
Par contre, sa tentative controversée de briguer un quatrième mandat en 2019 avait déclenché des manifestations massives et des troubles meurtriers. Les accusations de fraude l’ont contraint à l’exil, fracturant durablement le MAS. Son successeur Luis Arce s’est brouillé avec lui, créant une division interne qui a affaibli la gauche bolivienne.
Le refus de Morales de soutenir un candidat et son appel au vote blanc ont nui aux chances de la gauche au premier tour. Les analystes soulignent que Paz a attiré des électeurs de gauche déçus du MAS mais réticents à embrasser la droite traditionnelle.
Les défis économiques ont dominé la campagne :
- Hausse des prix généralisée
- Pénuries de carburant récurrentes
- Difficultés d’approvisionnement en biens importés
- Rareté des dollars américains
Perspectives et enjeux pour le nouveau mandat
Le programme de Rodrigo Paz privilégie la décentralisation, transférant pouvoir et ressources vers les autorités locales. Il promet d’élargir l’accès au crédit, de faciliter les importations et de réformer le système judiciaire. Cette approche modérée contraste avec les propositions plus radicales de son adversaire conservateur.
Contrairement à Quiroga, Paz n’a pas fait des relations avec Washington un axe central de sa campagne, bien qu’il se montre ouvert au dialogue. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait exprimé son optimisme concernant l’amélioration des relations bilatérales avec les deux candidats finalistes.
Zuleyka Pinto, pharmacienne de 33 ans, résume l’attrait du ticket présidentiel par l’équilibre entre expérience et détermination. Elle apprécie l’expertise politique de Paz et sa longue carrière de conseiller municipal, maire et sénateur, témoignant selon elle de sa préparation à diriger le pays.
Le nouveau président devra naviguer entre les attentes contradictoires d’un électorat fragmenté. Maintenir la cohésion nationale tout en menant les réformes promises constituera son principal défi dans un contexte économique difficile et face à une opposition qui conserve des bases solides parmi les communautés marginalisées.


