L’industrie des semi-conducteurs se trouve au cœur d’un débat géopolitique majeur. Les plans occidentaux visant à atteindre l’indépendance en matière de puces informatiques suscitent des réactions mitigées parmi les experts du secteur. Hassane El-Khoury, PDG du fabricant américain de semi-conducteurs Onsemi, offre une perspective critique sur ces ambitions, remettant en question la faisabilité et la pertinence d’une telle démarche dans une économie mondialisée.
Les défis de l’indépendance technologique
La dépendance vis-à-vis de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement des puces électroniques est une réalité incontournable. Des centaines d’entreprises chinoises exposent leurs produits lors de salons internationaux comme l’Electronica à Munich, démontrant leur rôle vital dans l’industrie. Ces composants sont omniprésents dans notre quotidien, des automobiles aux appareils médicaux en passant par les objets électroniques du quotidien.
En revanche, cette dépendance soulève des inquiétudes croissantes. La posture géopolitique de plus en plus affirmée de la Chine, notamment concernant Taiwan, pousse les dirigeants occidentaux à envisager une plus grande autonomie dans les technologies clés. Hassane El-Khoury souligne par contre la complexité de cette ambition :
- La simple relocalisation des usines de puces ne suffit pas
- L’approvisionnement en matières premières reste un enjeu majeur
- Une chaîne d’approvisionnement totalement indépendante semble peu réaliste
Le PDG d’Onsemi affirme : « Si vous visez un découplage des industries chinoise et occidentale, il ne suffit pas de se concentrer uniquement sur les usines de semi-conducteurs. Vous devez également considérer les matières premières pour les puces. » Cette remarque met en lumière la complexité des chaînes d’approvisionnement mondiales et les défis inhérents à toute tentative d’autonomie totale.
Investissements stratégiques et subventions
Face à ces enjeux, les gouvernements occidentaux mettent en place des initiatives pour stimuler la production locale de semi-conducteurs. L’Union européenne, avec son Chips Act, vise à renforcer la compétitivité du continent dans ce domaine stratégique. Onsemi, entreprise susceptible de bénéficier de ces subventions, investit massivement en République tchèque.
Le projet d’Onsemi illustre la complexité des stratégies d’investissement dans ce secteur :
| Aspect | Détail |
|---|---|
| Investissement | 2 milliards de dollars |
| Localisation | République tchèque |
| Focus | Semi-conducteurs de puissance |
| Marché cible | 80% industrie automobile |
El-Khoury souligne que cet investissement vise non seulement à servir le marché européen mais aussi à renforcer la résilience globale de l’entreprise. Il affirme : « Nous construisons en République tchèque une sorte de copie de nos chaînes d’approvisionnement existantes. Si nécessaire, cette usine pourra également soutenir nos activités aux États-Unis ou en Asie. »
Repenser la compétitivité dans un marché mondial
La vision d’El-Khoury sur la compétitivité dans l’industrie des semi-conducteurs remet en question certaines idées reçues. Il critique notamment la tendance des politiciens à se focaliser sur la taille des transistors comme indicateur de progrès technologique. Selon lui, cette approche simpliste ne reflète pas la réalité complexe du secteur.
Le PDG d’Onsemi met en avant plusieurs points clés :
- La distinction entre processeurs et semi-conducteurs de puissance est plus pertinente que la simple classification « high-tech » ou « legacy »
- Les semi-conducteurs de puissance, bien que parfois plus grands, peuvent être tout aussi avancés technologiquement
- La performance et la qualité des produits restent les facteurs déterminants de succès, indépendamment de l’origine de l’entreprise
El-Khoury insiste sur l’importance de laisser le marché décider. Il reconnaît néanmoins la légitimité des préoccupations occidentales concernant la Chine, notamment en matière de surcapacités, de subventions et de propriété intellectuelle. Sa position nuancée reflète la complexité des relations économiques sino-occidentales dans ce secteur stratégique.
Perspectives d’avenir pour l’industrie des semi-conducteurs
L’avenir de l’industrie des semi-conducteurs se dessine à l’intersection de l’innovation technologique, des dynamiques de marché et des considérations géopolitiques. El-Khoury souligne l’importance de se concentrer sur l’excellence des produits plutôt que sur les origines nationales des entreprises. Cette approche pragmatique pourrait être la clé pour naviguer dans les eaux tumultueuses des tensions commerciales actuelles.
Les défis à venir pour le secteur sont multiples :
- Équilibrer les ambitions d’indépendance technologique avec les réalités économiques
- Innover continuellement pour rester compétitif sur le marché mondial
- Gérer les implications géopolitiques tout en maintenant des chaînes d’approvisionnement efficaces
La position d’Onsemi sur le marché chinois des véhicules électriques, avec une part de marché de plus de 50%, illustre la complexité des relations commerciales internationales dans ce secteur. El-Khoury affirme : « La Chine reste un marché significatif pour nous. Nous fournissons des fabricants chinois comme Nio et Geely, et collaborons avec VW et Mercedes. »
En définitive, l’industrie des semi-conducteurs semble destinée à rester un secteur profondément mondialisé, malgré les tentatives de réorientation géopolitique. La capacité des entreprises à innover, à s’adapter aux réglementations changeantes et à maintenir des normes de qualité élevées déterminera leur succès futur dans cet environnement complexe et en constante évolution.
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