Paul Biya, 92 ans, brigue un huitième mandat lors de l’élection présidentielle au Cameroun

Paul Biya, 92 ans, brigue un huitième mandat lors de l'élection présidentielle au Cameroun

Le scrutin présidentiel camerounais s’ouvre ce dimanche dans un contexte particulier, avec Paul Biya, âgé de 92 ans, candidat à sa propre succession. Cette élection pourrait permettre au doyen mondial des chefs d’État en exercice de prolonger son règne de sept années supplémentaires dans cette nation d’Afrique centrale comptant 30 millions d’habitants.

Plus de huit millions d’électeurs se sont inscrits sur les listes électorales, incluant plus de 34 000 Camerounais résidant à l’étranger. Le Conseil constitutionnel dispose jusqu’au 26 octobre pour proclamer les résultats définitifs de cette consultation électorale qui se déroule en un tour unique.

Un dirigeant nonagénaire face à une opposition divisée

Depuis 43 années au pouvoir, Paul Biya affronte onze candidats challengers lors de cette compétition électorale. Parmi ses principaux adversaires figure Issa Tchiroma Bakary, ancien porte-parole gouvernemental âgé de 79 ans, qui suscite un élan inattendu avec sa campagne appelant à mettre fin au règne prolongé du président sortant.

Cette candidature revêt une dimension symbolique particulière puisque Bakary fut l’allié fidèle de Biya durant deux décennies avant de démissionner du gouvernement en juin dernier pour rejoindre l’opposition. Il devient le principal concurrent susceptible de défier le président sortant après l’exclusion de Maurice Kamto, autre figure d’opposition majeure.

Les observateurs politiques anticipent néanmoins la réélection de Biya, compte tenu de sa mainmise sur l’appareil d’État et de la fragmentation de l’opposition. Stéphane Akoa, politologue camerounais, souligne que « le système au pouvoir dispose de moyens considérables pour obtenir des résultats favorables », tout en notant une campagne « beaucoup plus vivante » que les précédentes éditions.

Candidat Âge Statut Position
Paul Biya 92 ans Président sortant 8e mandat sollicité
Issa Tchiroma Bakary 79 ans Ex-porte-parole gouvernemental Principal challenger
Maurice Kamto Leader d’opposition Exclu de la course

Stratégie électorale et mécanismes de pouvoir

L’économiste politique François Conradie d’Oxford Economics analyse que « bien qu’une surprise reste possible, une opposition divisée et le soutien d’une formidable machine électorale donneront probablement au nonagénaire son huitième mandat ». Cette stratégie du « diviser pour régner » constitue le fondement de la longévité politique de Biya.

Le président sortant a mené une campagne caractéristiquement discrète et minimaliste, n’apparaissant publiquement qu’une seule fois depuis mai, lors d’un rassemblement à Maroua, capitale régionale du Grand Nord stratégique. Ce meeting n’a attiré que quelques centaines de personnes, contrastant avec les milliers de participants au rassemblement de Bakary dans la même ville.

La santé de Biya fait régulièrement l’objet de spéculations, celui-ci passant une grande partie de son temps en Europe et laissant la gestion quotidienne aux responsables du parti et aux membres de sa famille. Cette situation alimente les interrogations sur sa capacité à diriger effectivement le pays durant un nouveau septennat.

Défis économiques et aspirations citoyennes

Le Cameroun représente l’économie la plus diversifiée d’Afrique centrale et constitue un producteur significatif de pétrole et de cacao. Malgré une croissance du PIB observée depuis 2023, le pays fait face à des défis socio-économiques majeurs qui préoccupent la population.

Les principaux problèmes identifiés par les électeurs incluent :

  • Chômage élevé et manque d’opportunités professionnelles
  • Baisse des prix des matières premières impactant l’économie nationale
  • Pauvreté croissante dans un contexte de crise du coût de la vie
  • Insuffisance des investissements en infrastructures nouvelles

Selon la Banque mondiale, environ quatre Camerounais sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Les citoyens expriment leurs préoccupations concernant le coût de la vie élevé, le manque d’emplois, l’accès insuffisant à l’eau potable, aux soins de santé et à une éducation de qualité.

Hassane Djbril, chauffeur dans la capitale Yaoundé, illustre cette réalité : « Il n’y a pas d’emplois pour ceux qui cherchent du travail. Nous voulons le changement car le gouvernement actuel est dictatorial. » Cette aspiration au changement résonne chez de nombreux électeurs qui souhaitent voir des transformations concrètes plutôt que de simples promesses.

Contexte sécuritaire et enjeux régionaux

Cette élection se déroule dans l’ombre du conflit qui oppose les forces séparatistes au gouvernement depuis 2016 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cette crise sécuritaire constitue un défi majeur pour la stabilité nationale et influence nécessairement les enjeux électoraux.

Les analystes soulignent que quel que soit le vainqueur, celui-ci devra s’attaquer aux multiples défis confrontant le pays. L’engagement et la détermination seront essentiels pour répondre aux attentes des Camerounais, qu’ils aspirent au changement ou souhaitent le retour de Biya.

Cette consultation électorale revêt une importance particulière car elle pourrait marquer un tournant dans l’histoire politique camerounaise, soit par la reconduction d’un dirigeant historique, soit par l’émergence d’une nouvelle génération politique capable de répondre aux aspirations de modernisation et de développement exprimées par la population.

Sophie Bernard
Retour en haut