Les autorités électorales du Honduras ont officiellement proclamé Nasry Asfura comme président élu lors d’un scrutin présidentiel marqué par des controverses et l’intervention inattendue de Donald Trump. Cette annonce, survenue le 24 décembre, met fin à trois semaines d’attente au cours desquelles le décompte des votes a suscité de vives tensions dans ce pays d’Amérique centrale. L’ancien maire de Tegucigalpa l’emporte avec une marge extrêmement serrée face à Salvador Nasralla, son rival également de droite, dans un contexte politique particulièrement fragmenté.
La victoire d’Asfura représente bien davantage qu’un simple changement de gouvernement. Elle témoigne de l’influence grandissante des États-Unis dans les affaires intérieures honduriennes et illustre la stratégie de Trump visant à façonner l’échiquier politique latino-américain. Le scrutin du 30 novembre, initialement paisible, s’est transformé en véritable épreuve démocratique dont les répercussions marqueront durablement la gouvernance du Honduras.
Une marge de victoire infime dans un scrutin contesté
Le conseil électoral hondurien a validé la victoire de Nasry Asfura avec seulement 27 000 voix d’avance sur son concurrent, soit moins d’un point de pourcentage d’écart. Cette différence minuscule soulève des interrogations légitimes sur la légitimité du futur gouvernement. Après dépouillement de plus de 98 % des bulletins, les autorités ont affirmé qu’il était « arithmétiquement impossible » de renverser ce résultat, tentant ainsi de clore définitivement le débat.
Salvador Nasralla a catégoriquement rejeté cette proclamation lors d’une conférence de presse où il a dénoncé des irrégularités dans le processus. « C’est le Noël le plus triste pour le peuple hondurien », a-t-il déclaré avec amertume, affirmant que certains votes contestés n’avaient pas été comptabilisés avant l’annonce finale. Par contre, conscient des risques de débordements, il a pris soin de ne pas appeler à la confrontation directe dans les rues.
Les observateurs internationaux, notamment Héctor Corrales de l’institut NODO qui accompagnait la mission de l’Union européenne, n’ont pas détecté de fraude massive généralisée. Néanmoins, les nombreux problèmes techniques, les révisions laborieuses des procès-verbaux et les accusations croisées ont alimenté un climat de suspicion. Le scrutin de 2025 ravive les fantômes de l’élection de 2017, lorsque Juan Orlando Hernández avait été contesté dans des circonstances similaires, provoquant des manifestations violemment réprimées qui avaient coûté la vie à une vingtaine de personnes.
| Candidat | Affiliation politique | Résultat | Marge |
|---|---|---|---|
| Nasry Asfura | Parti national | Vainqueur | +27 000 voix |
| Salvador Nasralla | Parti libéral | Défaite contestée | -0,9 % |
| Candidat Libre | Parti au pouvoir | Troisième position | Distancé |
L’intervention décisive de Donald Trump dans la campagne
L’élément déterminant de ce scrutin aura été le soutien apporté par Donald Trump à Nasry Asfura quelques jours seulement avant le vote. Sur ses réseaux sociaux, le président américain a présenté l’entrepreneur comme un partenaire idéal pour combattre ce qu’il nomme les « Narcocommunistes », désignant ainsi le parti de gauche Libre et ses alliés régionaux comme le Venezuela. Cette intervention musclée s’accompagnait d’une menace à peine voilée : sans victoire d’Asfura, les États-Unis cesseraient d’investir dans le pays.
Avant ce coup de théâtre, Salvador Nasralla semblait tenir la corde selon plusieurs sondages et analystes politiques honduriens. Joaquín Mejía, observateur local, affirme que l’endorsement présidentiel a ressuscité une campagne moribonde. La crainte d’une détérioration des relations avec Washington, vitales pour ce pays dépendant des transferts financiers de sa diaspora, a convaincu nombre d’électeurs de basculer vers le candidat du Parti national. Cette dynamique illustre la vulnérabilité économique du Honduras face aux pressions extérieures.
La stratégie d’Asfura incluait également l’embauche de consultants américains influents. Brad Parscale, ancien directeur de campagne de Trump en 2020, a conseillé l’utilisation de données pour cibler précisément les électeurs, bien qu’il nie toute implication dans l’obtention du soutien présidentiel. Fernando Cerimedo, figure controversée des milieux conservateurs latino-américains, est devenu le porte-voix de l’équipe d’Asfura, brandissant des accusations de fraude et intimidant publiquement les responsables électoraux sur les réseaux sociaux.
Le geste symbolique de Trump pardonnant Juan Orlando Hernández, prédécesseur d’Asfura condamné à 45 ans de prison pour trafic de drogue aux États-Unis, a choqué de nombreux Honduriens. Cette décision controversée souligne la priorité accordée par l’administration américaine aux alliances politiques régionales plutôt qu’à la lutte contre la corruption qu’elle prétend pourtant défendre.
Profils contrastés des deux candidats de droite
Nasry Asfura, entrepreneur du bâtiment, s’est construit une réputation d’homme pragmatique durant ses mandats de maire de Tegucigalpa entre 2014 et 2022. Ses réalisations en matière d’infrastructures urbaines constituent son principal argument électoral, même si son programme manquait de propositions concrètes sur les défis structurels du pays. Sa campagne cultivait une image accessible, le montrant dansant avec ses partisans lors de rassemblements populaires.
Salvador Nasralla incarne un profil radicalement différent. Ancien présentateur sportif et animateur d’émissions télévisées à prix, il avait servi comme vice-président dans l’administration Libre avant de rompre avec le gouvernement de gauche. Pour sa quatrième tentative présidentielle, il a rejoint le Parti libéral et déployé une communication spectaculaire empruntant les codes de la droite mondiale, incluant un Cybertruck Tesla et l’apparition de sa femme Iroshka Elvir coiffée d’une casquette MAGA.
Les deux hommes ont construit leur campagne sur la critique du gouvernement Libre, arrivé au pouvoir en 2021 porté par le rejet de Juan Orlando Hernández et de sa gestion marquée par les scandales de corruption. Ils ont multiplié les visites à Washington pour courtiser les républicains, agitant le spectre d’un Honduras transformé en nouveau Venezuela. Les principaux thèmes abordés incluaient :
- La création d’emplois formels dans une économie largement informelle
- La lutte contre la criminalité organisée et les réseaux de gangs
- Le démantèlement des structures de corruption héritées
- Le maintien de relations privilégiées avec les États-Unis
Les défis immédiats du président élu
Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a rapidement appelé toutes les parties à respecter les résultats confirmés pour permettre une transition pacifique du pouvoir vers Nasry Asfura. Néanmoins, la marge extrêmement réduite et la profonde méfiance populaire envers le processus électoral constituent des obstacles majeurs à la légitimité du gouvernement à venir. Héctor Corrales prévient que cette situation « aura un impact sur la crédibilité gouvernementale » et « ruinera son administration s’il ne sait pas la gérer ».
L’administration Trump a intensifié la pression durant le décompte en révoquant le visa d’un responsable électoral du parti Libre et en refusant celui d’un autre, les accusant de saper la démocratie hondurienne. Ces sanctions ciblées témoignent de la détermination américaine à façonner l’issue du scrutin et à marginaliser la gauche dans la région, dans le cadre d’une offensive plus large visant plusieurs pays latino-américains.
La population hondurienne, qui s’était préparée à d’éventuels troubles en stockant des provisions et en barricadant les commerces, reste profondément divisée. Le nouveau président devra composer avec une opposition qui refuse de reconnaître sa victoire, des institutions affaiblies et une société civile méfiante après trois semaines de paralysie nationale. Sa prise de fonction fin janvier s’annonce périlleuse dans un contexte régional marqué par l’instabilité politique et les interventions étrangères de plus en plus assumées.


