La Guinée a franchi une étape majeure dans son processus de transition politique avec l’organisation du scrutin présidentiel de décembre 2024, quatre ans après le renversement d’Alpha Condé. Cette consultation électorale marque le retour du pays à un semblant de normalité démocratique, même si les observateurs s’accordent à prédire une victoire du général Mamadi Doumbouya, l’homme qui a orchestré le putsch militaire en 2021.
Un contexte électoral favorable au chef de la junte guinéenne
Le général Doumbouya bénéficie d’avantages considérables dans cette compétition présidentielle. La nouvelle constitution, adoptée massivement lors d’un référendum en septembre malgré les appels au boycott, a levé l’interdiction pour les militaires de briguer des fonctions électives. Ce texte étend également le mandat présidentiel de cinq à sept années, renforçant ainsi la durée du pouvoir exécutif.
Face au leader militaire, huit candidats se présentent, mais aucun ne constitue une menace sérieuse. Yero Baldé, représentant du Front Démocratique de Guinée et ancien ministre sous le régime Condé, apparaît comme le principal concurrent. Toutefois, son manque de notoriété et ses moyens limités ne lui permettent pas de rivaliser efficacement. Les formations politiques d’opposition majeures ont été systématiquement marginalisées, certains candidats potentiels écartés pour des motifs administratifs, tandis que d’autres figures historiques comme Cellou Dalein Diallo et Sidya Toure vivent désormais en exil.
L’exclusion de Lansana Kouyaté et Ousmane Kaba du processus électoral illustre parfaitement la mainmise du pouvoir sur l’organisation du scrutin. La Direction Générale des Élections reste sous tutelle gouvernementale, compromettant l’indépendance institutionnelle nécessaire à une élection véritablement libre. Cette situation témoigne d’un affaiblissement progressif de l’opposition depuis quatre ans.
Les enjeux socio-économiques pour une population en attente
Malgré ses ressources minérales exceptionnelles, la Guinée peine à transformer sa richesse naturelle en développement pour sa population. Premier exportateur mondial de bauxite, le pays voit plus de la moitié de ses 15 millions d’habitants confrontés à une pauvreté record, selon le Programme Alimentaire Mondial. Cette situation paradoxale alimente les frustrations, particulièrement chez les jeunes générations.
Idrissa Camara, jeune diplômé universitaire de 18 ans contraint d’exercer des activités informelles depuis cinq années, incarne ces espoirs d’amélioration. Sa situation reflète celle de millions de Guinéens qui attendent des changements concrets pour leur quotidien. Le chômage massif des diplômés constitue un défi majeur que le prochain président devra affronter avec détermination.
| Indicateurs économiques | Situation actuelle |
|---|---|
| Population totale | 15 millions d’habitants |
| Taux de pauvreté | Plus de 50% |
| Position bauxite mondiale | Premier exportateur |
| Électeurs inscrits | 6,7 millions |
| Mandat présidentiel | 7 ans |
Le projet Simandou représente l’initiative phare du régime militaire. Cette exploitation ferrifère, détenue à 75% par des intérêts chinois, exploite extrêmement le plus grand gisement mondial de minerai de fer. Après des décennies de retards, la production a débuté le mois dernier. Les autorités promettent que le plan national de développement associé générera des dizaines de milliers d’emplois et diversifiera l’économie à travers des investissements dans l’agriculture, l’éducation, les transports, la technologie et la santé.
Un processus démocratique controversé et une participation mitigée
Le scrutin s’est déroulé dans un climat sécuritaire renforcé, avec le déploiement de près de 12 000 policiers et la mise en place de barrages sur les axes routiers principaux. La veille du vote, les forces de sécurité affirmaient avoir neutralisé un groupe armé présentant des intentions subversives dans le quartier Sonfonia de Conakry, suite à des échanges de tirs. Cette annonce a créé une atmosphère tendue dans la capitale.
La participation électorale est restée faible dans de nombreux bureaux de vote. Cette abstention massive s’explique par les appels au boycott lancés par les partis d’opposition non représentés sur les bulletins. Issatou Bah, étudiant de 22 ans, exprime parfaitement ce sentiment d’incertitude : après trois élections sans changements notables, il hésite à participer à nouveau. Son témoignage révèle une lassitude face à un pays doté de ressources mais incapable de décoller économiquement.
Les opérations de vote se sont officiellement achevées à 19 heures, laissant place au dépouillement dans tous les centres. Les résultats officiels sont attendus sous 48 heures, avec la possibilité d’un second tour si aucun candidat n’obtient la majorité absolue. Néanmoins, cette éventualité semble peu probable compte tenu de la configuration du scrutin.
Les libertés démocratiques sous pression depuis le putsch
Depuis quatre années, l’espace démocratique guinéen s’est considérablement réduit. Les organisations de défense des droits humains documentent régulièrement des restrictions affectant la société civile, avec des militants réduits au silence, des opposants enlevés et des médias censurés. La dissolution de plus de 50 formations politiques l’année précédente, justifiée par les autorités comme une mesure d’assainissement du paysage politique, a suscité de vives critiques internationales.
Cette élection s’inscrit dans une tendance régionale préoccupante. Le continent africain a enregistré au moins dix coups d’État ces dernières années, les militaires justifiant systématiquement leurs actions par les défaillances des gouvernements civils en matière de gouvernance et de sécurité. Pour l’analyste politique Aboubacar Sidiki Diakité, ce scrutin représente néanmoins une opportunité pour la Guinée de réintégrer pleinement la communauté internationale.
Mamadama Touré, lycéen arborant un t-shirt à l’effigie de Doumbouya, salue les programmes de formation numérique mis en place. Cette jeunesse connectée représente un électorat clé que le pouvoir s’efforce de séduire. Les promesses s’accumulent pour tenter de convaincre une population aspirant à des transformations tangibles dans leur quotidien, au-delà des discours et des projets annoncés. L’avenir dira si cette transition militaire vers un régime civil permettra réellement au pays d’exploiter son potentiel exceptionnel au bénéfice de tous ses citoyens.


