Élection présidentielle en Bolivie : tout savoir sur le second tour de la droite

Élection présidentielle en Bolivie : tout savoir sur le second tour de la droite

La Bolivie traverse une période historique avec l’organisation d’un second tour présidentiel le 19 octobre 2025, marquant la première fois depuis près de vingt ans qu’aucun candidat de gauche ne figure au scrutin final. Cette situation inédite résulte de l’effondrement du Mouvement vers le socialisme (MAS), parti qui dominait la politique bolivienne depuis 2006. Les divisions internes ont provoqué une fragmentation totale, empêchant le parti de qualifier un représentant pour cette étape décisive.

L’enjeu dépasse largement une simple alternance politique. L’économie bolivienne traverse une crise profonde avec une inflation galopante, des pénuries de carburant persistantes et des réserves de devises étrangères en chute libre. Ces difficultés économiques constituent le principal défi pour les deux candidats finalistes, tous deux issus du centre-droit et de la droite traditionnelle.

Les candidats du second tour : deux visions économiques distinctes

Rodrigo Paz représente une surprise majeure de cette élection présidentielle. Sénateur et fils de l’ancien président de gauche Jaime Zamora, il a créé la sensation en remportant plus de 32% des voix au premier tour, alors que les sondages initiaux lui accordaient moins de 10%. Candidat du Parti démocrate-chrétien, Paz défend une approche économique modérée sous le slogan « Le capitalisme pour tous ».

Son colistier Edman Lara, ancien officier de police devenu influent sur les réseaux sociaux, apporte une dimension populaire à leur ticket. Lara s’est distingué par ses critiques virulentes contre la corruption, ce qui lui a valu une popularité croissante parmi les électeurs déçus du système politique traditionnel.

Candidat Parti Score premier tour Position politique
Rodrigo Paz Parti démocrate-chrétien 32% Centre-droit
Jorge Quiroga Alliance Libre 27% Droite

Jorge « Tuto » Quiroga incarne l’expérience politique avec un parcours atypique. Ancien cadre d’IBM au Texas, il a ensuite occupé le poste de ministre des Finances sous le père de son adversaire actuel. Devenu président en 2001 après la démission de Hugo Banzer pour raisons de santé, Quiroga mène sa quatrième campagne présidentielle après des échecs en 2005, 2014 et 2020.

Sa coalition de droite, l’Alliance Libre, prône des réformes économiques radicales incluant la privatisation d’entreprises publiques et des coupes budgétaires significatives. Juan Pablo Velasco, entrepreneur technologique de 38 ans, complète ce ticket orienté vers l’innovation et le secteur privé.

Programmes économiques : entre modération et libéralisme strict

Les propositions économiques des deux candidats reflètent des approches différentes face à la crise. Quiroga assume pleinement son orientation libérale en promettant des mesures d’austérité immédiates. Son programme inclut la suppression progressive des subventions aux carburants, la réduction des programmes sociaux et le recours au Fonds monétaire international pour stabiliser l’économie.

Cette stratégie pro-marché vise à restaurer la confiance des investisseurs internationaux et à relancer la croissance par l’initiative privée. Quiroga mise également sur une intégration commerciale renforcée avec les partenaires traditionnels de la Bolivie.

Paz adopte une position plus nuancée, privilégiant une transition économique progressive. Bien qu’il soutienne également la réduction des subventions énergétiques, il refuse les coupes drastiques dans les programmes sociaux. Son approche « capitaliste inclusive » cherche à concilier efficacité économique et protection sociale.

Les principales différences portent sur :

  • Le rythme des réformes : immédiat pour Quiroga, graduel pour Paz
  • Les programmes sociaux : suppression partielle contre maintien adapté
  • L’ouverture commerciale : libéralisation totale contre intégration sélective
  • Les entreprises publiques : privatisation massive contre réforme managériale

L’effondrement historique de la gauche bolivienne

Le déclin du MAS constitue l’événement politique majeur de cette élection. Pendant treize ans, sous la présidence d’Evo Morales, ce parti a transformé la Bolivie en combinant croissance économique soutenue et réduction significative des inégalités. Cette performance exceptionnelle avait consolidé la domination électorale du premier président indigène du pays.

La crise de 2019 a marqué un tournant décisif. Les accusations de fraude électorale ont contraint Morales à l’exil, créant une fracture irréparable au sein du mouvement. Malgré le retour au pouvoir en 2020 avec Luis Arce, les divisions internes se sont approfondies jusqu’à l’exclusion de Morales du parti qu’il avait créé.

Les obstacles judiciaires empêchant Morales de briguer un quatrième mandat ont accentué cette fragmentation. Face à cette interdiction qu’il dénonce comme une atteinte à ses droits, l’ancien président a appelé ses partisans, principalement ruraux et indigènes, au boycott électoral. Cette stratégie risque d’affaiblir davantage la participation démocratique dans les régions traditionnellement acquises à la gauche.

Eduardo del Castillo, candidat officiel du MAS, n’a obtenu que 3,2% des voix au premier tour, illustrant l’ampleur de cette débâcle. Même Andronico Rodriguez, ancien dirigeant du parti, n’a rassemblé que 8% des suffrages malgré sa notoriété syndicale.

Enjeux internationaux et défis futurs du gouvernement

Les relations avec les États-Unis constituent un enjeu diplomatique majeur de cette élection. L’administration Trump a exprimé publiquement sa satisfaction face à la perspective d’un gouvernement de droite en Bolivie. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a qualifié cette élection d' »importante » après des décennies de gouvernements « anti-américains ».

Sous Morales, les tensions bilatérales s’étaient cristallisées autour de la politique antidrogue. L’expulsion de la Drug Enforcement Agency en 2008 et de l’Agence américaine pour le développement international en 2013 avait illustré cette méfiance mutuelle. Les deux candidats finalistes promettent un rapprochement avec Washington, Quiroga se montrant particulièrement critique envers les gouvernements de gauche du Venezuela, Cuba et Nicaragua.

Le contexte économique critique représente le défi immédiat du futur président. Les files d’attente pour l’essence, les pénuries de diesel affectant le transport de marchandises et l’inflation persistante pèsent sur le quotidien des Boliviens. Selon les enquêtes, 24% des électeurs considèrent l’économie comme leur préoccupation principale, suivie par la hausse des prix (17%) et les pénuries de carburant (14%).

L’avenir de la gauche bolivienne dépendra largement de la capacité du nouveau gouvernement à résoudre ces crises. Les analystes prédisent que des mesures d’austérité trop sévères pourraient provoquer des protestations massives, offrant une opportunité de renaissance aux forces progressistes. Toutefois, cette reconstruction nécessitera du temps et une réconciliation des factions rivales qui ont causé l’implosion du MAS.

Luc Dubois
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