José Antonio Kast prendra ses fonctions de président du Chili en mars prochain, marquant un tournant historique pour ce pays d’Amérique latine. Cette victoire du candidat d’extrême droite constitue le basculement politique particulièrement le plus significatif depuis la fin de la dictature militaire il y a plus de trois décennies. Le scrutin du 15 décembre 2025 a vu s’affronter deux visions diamétralement opposées de l’avenir chilien, dans un contexte où l’insécurité et l’immigration ont dominé les débats. Pour la première fois, le vote était obligatoire et l’inscription automatique, ce qui a contraint de nombreux citoyens à se positionner entre ce qu’ils percevaient comme deux extrêmes. L’élection intervient dans une dynamique régionale où plusieurs nations latino-américaines, d’Argentine au Salvador, ont récemment opté pour des gouvernements conservateurs.
Une victoire sans appel sur fond de promesses sécuritaires
Lors de son troisième essai pour accéder à la magistrature suprême, Kast a remporté une victoire écrasante avec plus de 58% des suffrages face à Jeannette Jara, candidate de la coalition de gauche au pouvoir. Ce résultat décisif reflète la lassitude d’une partie importante de l’électorat envers le gouvernement sortant de Gabriel Boric, dont les taux d’approbation sont restés faibles. Dans son premier discours avec mon expérience de président élu, le nouveau dirigeant a annoncé ses intentions sans détour. Il a promis que les délinquants et criminels verraient leurs existences transformées, avec une traque systématique suivie de jugements et d’emprisonnements. Les rassemblements de ses partisans dans la capitale ont été marqués par une atmosphère festive, avec drapeaux chiliens et casquettes inspirées de slogans américains.
Les électeurs de Kast ont exprimé leur désir de retrouver ce qu’ils considèrent comme une époque révolue de tranquillité. Augustina Trancoso, arborant une casquette rouge, a déclaré souhaiter le retour de la sécurité et du patriotisme dans le pays. Belem Valdivieso a rappelé que durant des années, il était possible de circuler paisiblement dans les rues, un sentiment aujourd’hui érodé. Les électeurs espèrent que les engagements du nouveau président seront tenus, notamment en matière de sécurité publique. Cette préoccupation a alimenté une campagne où Kast a systématiquement dépeint le Chili comme un territoire sombrant dans le désordre.
Un programme controversé inspiré des politiques trumpistes
Le nouveau président chilien ne cache pas son admiration pour Donald Trump, dont il partage plusieurs orientations politiques. Son programme comprend des mesures radicales qui rappellent celles mises en œuvre mis à part-Atlantique. Parmi ses propositions phares figurent :
- La construction d’un mur frontalier avec le Pérou et la Bolivie
- La création de prisons de haute sécurité
- Des expulsions massives de migrants en situation irrégulière
- Une politique d’austérité budgétaire stricte
- Une dérégulation de certaines industries
Ces orientations visent à répondre à la montée de l’immigration irrégulière, notamment en provenance du Venezuela. Kast a régulièrement établi des liens directs entre immigration et criminalité organisée, bien que le Chili demeure l’un des pays les plus stables d’Amérique du Sud. Le taux d’homicides est en baisse, et certaines études indiquent que les personnes nées à l’étranger commettent en moyenne moins de crimes que les natifs. Pourtant, la perception d’une insécurité croissante a motivé de nombreux électeurs. Max Struber a évoqué une crainte de transformation vers un modèle colombien, avec davantage de terrorisme et de vols.
Les critiques de Kast estiment que cette perception repose sur une exagération des problèmes réels. Javiera Carrasco, qui a finalement voté pour Jara malgré son intérêt pour certaines propositions de Kast, a évoqué un sentiment d’insécurité artificiel. Elle a souligné que d’autres nations connaissent des situations bien plus graves. Cette approche économique libérale devrait séduire les investisseurs, le président élu ayant promis de réduire le rôle de l’État et de libéraliser l’économie.
L’ombre du passé dictatorial et les inquiétudes pour l’avenir
| Aspect | Position de Kast | Préoccupations exprimées |
|---|---|---|
| Héritage Pinochet | Louanges publiques du dictateur | Risque de retour aux violations des droits humains |
| Immigration | Expulsion de 360 000 migrants irréguliers | Faisabilité pratique questionnée |
| Droits des femmes | Opposition totale à l’avortement | Recul des acquis sociaux |
| Environnement | Rejet des politiques de protection | Impact sur la biodiversité chilienne |
Le parcours familial de Kast soulève des interrogations légitimes. Son frère a exercé des fonctions ministérielles sous Pinochet, tandis que son père appartenait au parti nazi. Le général Pinochet, qui a pris le pouvoir en 1973 grâce à un coup d’État soutenu par les États-Unis, a instauré une dictature de dix-sept ans caractérisée par des abus des droits humains, des disparitions forcées et une politique économique ultra-libérale. Certains électeurs comme Max Struber estiment nécessaire de poursuivre l’œuvre de Pinochet, reconnaissant l’existence de violations mais valorisant l’ordre de cette période. Ricardo Herrera, qui a vécu cette époque, l’a qualifiée de brutale et craint un retour en arrière.
Les adversaires du nouveau président doutent de sa capacité à réaliser ses promesses les plus spectaculaires. Hector Lunes a estimé physiquement impossible l’expulsion de centaines de milliers de migrants. L’opposition ferme de Kast à l’avortement, même en cas de viol, et aux mesures de protection environnementale inquiète également. Francisco Otero, présent lors de la célébration de la victoire, a reconnu qu’aucun candidat n’était parfait mais que la continuité gouvernementale semblait pire.
Une reconfiguration géopolitique du continent sud-américain
L’investiture est programmée pour le 11 mars 2026, date que Kast évoquait régulièrement durant sa campagne en avertissant les migrants irréguliers de partir avant cette échéance. Cette dynamique chilienne s’inscrit dans une vague conservatrice régionale touchant l’Argentine, l’Équateur, le Costa Rica et le Salvador. La victoire de Kast redessine la carte politique latino-américaine et annonce probablement un rapprochement avec l’administration américaine. Jeannette Jara, membre du Parti communiste, a reconnu sa défaite en affirmant que la démocratie s’était exprimée clairement. Elle a souhaité du succès à son adversaire et promis de continuer à œuvrer pour améliorer les conditions de vie.
Les supporters de Jara redoutent un basculement vers l’extrême droite historique du pays. Cintia Urrutia percevait les deux candidats comme des pôles opposés, estimant néanmoins que Jara représentait une option plus centriste. Claudio Sanjuez a évoqué la nécessité d’un changement, considérant Kast comme cette alternative possible. Le caractère obligatoire du vote a forcé certains citoyens à choisir ce qu’ils percevaient comme le moindre mal. Cette élection historique transformera profondément les orientations politiques, économiques et sociales du Chili pour les années à venir, dans un contexte où les défis démocratiques et humanitaires devront être surveillés attentivement par la communauté internationale.
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