Canada : le Premier ministre déplore la détérioration des relations avec les États-Unis après le 11/9

Canada : le Premier ministre déplore la détérioration des relations avec les États-Unis après le 11/9

La visite du Premier ministre canadien Mark Carney à Gander, ville emblématique de la solidarité canado-américaine après les attentats du 11 septembre 2001, intervient dans un contexte de tensions diplomatiques sans précédent entre les deux nations voisines. Au deuxième jour de sa campagne électorale nationale, Carney a exprimé ses regrets concernant la détérioration des relations avec les États-Unis, autrefois si étroites.

La solidarité de Gander mise à l’épreuve des tensions actuelles

« Dans cette crise provoquée par le président américain et ceux qui le soutiennent, nous déplorons une amitié perdue », a déclaré Mark Carney lors de son discours aux habitants de Gander. Cette petite ville de Terre-Neuve est devenue le symbole de l’entraide entre les deux pays lorsqu’elle a accueilli près de 6 600 passagers américains après la fermeture de l’espace aérien américain le 11 septembre 2001.

En quelques heures, cette localité de 10 000 habitants s’est retrouvée submergée par 38 avions déroutés. Les résidents ont alors ouvert leurs maisons, préparé des repas et offert réconfort aux voyageurs désorientés. Cette générosité spontanée des Canadiens avait alors cimenté une amitié profonde entre les deux peuples, aujourd’hui menacée par les tensions diplomatiques.

« À Gander, les Canadiens ont fait des choses extraordinaires pour les Américains quand ils en avaient besoin. Maintenant, nous devons faire des choses extraordinaires pour nous-mêmes », a souligné Carney, faisant allusion aux défis actuels posés par l’administration Trump.

Lors de sa visite, le Premier ministre s’est rendu chez Beulah Cooper, résidente emblématique qui avait accueilli plusieurs passagers, dont Dennis et Hannah O’Rourke, un couple âgé dont le fils pompier de New York, Kevin, a péri dans les tours du World Trade Center. Malgré son attachement à ses amis américains, Cooper exprime aujourd’hui un sentiment de trahison face à la politique américaine actuelle.

Des menaces commerciales qui bouleversent l’équilibre historique

La guerre commerciale déclarée par Donald Trump contre son voisin du nord représente un tournant dans les relations bilatérales. Le président américain a imposé des tarifs douaniers de 25% sur l’acier et l’aluminium canadiens et menace d’étendre ces mesures à l’ensemble des produits canadiens dès le 2 avril prochain.

Plus inquiétant encore pour les Canadiens, Trump a multiplié les déclarations sur une possible annexion du Canada comme 51e État américain, qualifiant la frontière entre les deux pays de « ligne fictive ». Ces propos ont suscité une vive indignation à travers le pays.

Le tableau ci-dessous illustre les principales tensions actuelles entre les deux pays :

Domaine Action américaine Réaction canadienne
Commerce Tarifs de 25% sur l’acier et l’aluminium Contre-mesures économiques
Souveraineté Menaces d’annexion (51e État) Indignation nationale
Diplomatie Absence de communication officielle Demande de respect

Mark Carney, fraîchement investi le 14 mars dernier, n’a toujours pas eu d’entretien téléphonique avec son homologue américain, une situation qui illustre la gravité de la crise diplomatique. « Je suis disponible pour un appel. Mais nous allons parler selon nos conditions, comme pays souverain, pas comme ce qu’il prétend que nous sommes », a-t-il précisé.

L’héritage de Gander et la stratégie canadienne face aux pressions

L’histoire de Gander pendant les événements du 11 septembre a été immortalisée dans la comédie musicale canadienne à succès de Broadway, « Come From Away ». Cette ville, dont l’aéroport construit en 1938 possédait autrefois la plus longue piste du monde, a connu un regain d’activité exceptionnel ce jour-là, devenant le deuxième aéroport le plus fréquenté après celui d’Halifax.

Face à l’afflux de passagers, les Canadiens ont fait preuve d’une solidarité exemplaire :

  • Mise à disposition d’écoles, casernes et églises pour héberger les passagers
  • Déploiement de 5 000 lits de camp par l’armée canadienne
  • Dons massifs de couvertures, vêtements et nourriture
  • Installation de banques de téléphones pour appels gratuits
  • Transformation d’une patinoire en réfrigérateur géant pour conserver les aliments

« Vous avez montré de l’amitié à des personnes qui avaient peur. Dans une crise, vous avez révélé votre caractère. Quand des gens avaient besoin d’aide, vous l’avez donnée », a souligné Carney lors de son discours aux habitants de Gander.

Face aux menaces américaines actuelles, le Premier ministre canadien adopte une position ferme mais mesurée : « Nous ne cherchons plus l’amitié des Américains. Je cherche simplement le respect à ce stade ». Il affirme que les Canadiens sont désormais remis du choc initial de cette trahison et doivent maintenant veiller à leurs propres intérêts.

Une stratégie de résilience face aux pressions américaines

En pleine campagne électorale de cinq semaines avant le scrutin du 28 avril, Mark Carney tente de rassurer les Canadiens sur sa stratégie face aux pressions américaines. « Ils pensent qu’ils peuvent nous affaiblir. Ils pensent qu’ils peuvent nous posséder, franchement, c’est ce qu’ils pensent », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre estime que les États-Unis commettent une « erreur fondamentale » dans cette guerre commerciale : « Nous allons devenir plus forts. Nous allons tenir bon. Ils vont venir à la table des négociations et nous allons négocier un bon accord pour les Canadiens. »

Carney a rappelé que les Canadiens ont toujours été aux côtés des Américains, que ce soit pendant la crise des otages en Iran, lors des récents incendies en Californie ou en Afghanistan, où le Canada a perdu 158 membres des forces armées et sept civils.

Cette crise diplomatique sans précédent survient alors que les deux pays partageaient historiquement une relation que Carney qualifie de fraternelle. « Mais cela a changé. Et ce n’est pas nous qui avons changé. Malheureusement, les actions du président Trump ont mis cette parenté sous une tension plus forte aujourd’hui qu’à n’importe quel moment de notre histoire commune », a-t-il conclu.

Luc Dubois
Retour en haut