L’Institut du Monde Arabe à Paris accueille actuellement une exposition qui captive le public parisien en plein été. « Les trésors sauvés de Gaza » révèle plus de 5000 ans d’histoire culturelle et archéologique d’un territoire souvent réduit à ses tragédies contemporaines. Cette exposition intervient dans un contexte particulier, alors que Gaza traverse une crise humanitaire majeure, apportant un éclairage essentiel sur le riche patrimoine d’une région qui fut longtemps un carrefour de civilisations depuis le Néolithique.
Gaza, carrefour historique méconnu de la Méditerranée
Pendant des millénaires, la position géographique stratégique de Gaza en a fait une oasis prospère sur la Méditerranée orientale. Ce territoire constituait un hub commercial florissant et un centre intellectuel majeur, situé à l’intersection cruciale des routes commerciales reliant l’Asie et l’Afrique.
De nombreuses civilisations et empires ont marqué cette région de leur empreinte au fil des siècles :
- Les Philistins, peuple antique de la mer
- Les Assyriens et leur empire mésopotamien
- Les Romains et leur influence architecturale
- Les Byzantins et leurs mosaïques remarquables
- Les Perses et leurs traditions culturelles
- Les Mamelouks et leur héritage islamique
« Nous voulions restituer à Gaza son histoire », explique Élodie Bouffard, commissaire principale de l’exposition. « Il s’agissait de restaurer l’humanité de Gaza et de rendre visible sa longue histoire, plutôt que de la réduire à un discours dominé par l’histoire contemporaine. Se concentrer uniquement sur l’histoire récente risque de dépeindre Gaza comme une zone de tragédie, une bulle où seule la dévastation est possible, alors qu’en réalité, une longue histoire humaine s’y est construite sur des milliers d’années étant grand centre de connexion. »
Contrairement aux images véhiculées aujourd’hui, Gaza était historiquement l’espace le plus ouvert de la Méditerranée. Ce territoire extrêmement riche produisait beaucoup de nourriture et ses connexions avec l’Afrique et l’Asie en faisaient un lieu de festivals et de célébrations, largement évoqué dans les écrits historiques et continuellement habité au fil des siècles.
Trésors en exil: une collection préservée malgré les conflits
Les pièces exposées à Paris ont connu un destin particulier. Présentées en 2007 au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, elles n’ont jamais pu regagner Gaza en raison de la situation sécuritaire et politique. Ces œuvres sont ainsi restées en exil, enfermées dans des entrepôts en Suisse pendant 17 longues années.
« Leur exil les a sauvées en un sens », note Bouffard, soulignant qu’elles auraient pu disparaître dans les bombardements israéliens actuels. Néanmoins, elle déplore que ces pièces aient été « tristement cachées et inaccessibles au regard public » et à la compréhension collective pendant si longtemps.
Parmi les 100 objets délicats exposés figurent des statuettes, des lampes à huile, des céramiques, des inscriptions, du marbre importé et une vaste mosaïque de sol byzantine. L’une des pièces maîtresses de l’exposition est une petite statue de marbre représentant une déesse, probablement Aphrodite ou Hécate, datant de l’époque romaine ou hellénistique, qui aurait autrefois trôné dans un temple.
| Période historique | Types d’objets exposés | Importance culturelle |
|---|---|---|
| Néolithique | Outils et objets rituels | Premières traces de civilisation à Gaza |
| Période hellénistique/romaine | Statues, marbres, inscriptions | Influence grecque et romaine majeure |
| Ère byzantine | Mosaïques, objets religieux | Importance religieuse et artistique |
| Période islamique | Céramiques, manuscrits | Carrefour commercial et intellectuel |
Un patrimoine menacé et une histoire à préserver
Le parcours de l’exposition retrace également les travaux d’excavation archéologique à Gaza et répertorie les sites culturels et historiques endommagés lors des frappes militaires depuis 2023, notamment des mosquées, des églises, des archives et le site archéologique du port d’Anthedon, premier port maritime connu de Gaza.
Bouffard précise que cela ne suggère pas que les sites patrimoniaux sont plus importants que les vies humaines : « Entre les vieilles pierres et les humains, ce sont toujours les humains qui sont la priorité. » Mais elle souligne que connaître ces milliers d’années d’histoire qui ont relié les peuples est une façon d’apporter une perspective et un espoir potentiel. « Si on ne parle pas d’histoire, alors le discours se concentre sur un sentiment qu’il n’y a pas de solution », explique-t-elle.
Jack Lang, directeur de l’Institut du Monde Arabe et ancien ministre français de la Culture, a déclaré lors de l’inauguration de l’exposition qu’il espérait que cette présentation pourrait « restaurer un certain espoir dans l’avenir de Gaza ». Il a ajouté : « Rien n’est pire que l’abandon et l’oubli. »
Restaurer l’humanité par la culture et l’histoire
L’exposition « Les trésors sauvés de Gaza » s’inscrit dans une démarche plus large de préservation de la mémoire collective. Elle offre une perspective historique essentielle sur un territoire dont l’histoire millénaire est souvent éclipsée par l’actualité tragique.
Cette initiative culturelle rappelle que la richesse patrimoniale de Gaza va bien au-delà des conflits actuels. La statue de déesse mentionnée par Bouffard symbolise parfaitement les couches successives d’histoire et les défis archéologiques de Gaza. Disparue pendant 1500 ans avant d’être retrouvée par un pêcheur, puis sauvegardée en Europe, elle attend toujours de retourner sur sa terre d’origine.
L’exposition, qui se tient jusqu’au 2 novembre 2025, offre ainsi aux visiteurs une occasion rare de découvrir ou redécouvrir la profondeur historique d’un territoire souvent réduit à ses tragédies contemporaines. En mettant en lumière ce patrimoine, les organisateurs espèrent contribuer à restaurer non seulement la mémoire, mais aussi l’humanité d’une région marquée par des millénaires d’échanges culturels et de créativité.


