Une athlète italienne de haut niveau se retrouve privée d’un statut professionnel complet à cause d’une réglementation datant de l’ère mussolinienne. Anna Arnaudo, originaire de Cuneo, incarne cette situation paradoxale où le talent sportif se heurte à une législation obsolète. Spécialiste du demi-fond avec deux records nationaux à son actif, cette jeune femme de 25 ans alimente un débat sur la nécessité de moderniser les normes encadrant le sport de haut niveau en Italie.
Un double parcours d’excellence académique et sportive
Le quotidien d’Anna Arnaudo défie les limites ordinaires de l’organisation humaine. Membre du programme dual career du Politecnico, elle accumule jusqu’à 170 kilomètres hebdomadaires entre ses séances d’entraînement. Parallèlement, cette ancienne étudiante en ingénierie informatique poursuit aujourd’hui un doctorat en intelligence artificielle appliquée au génie logiciel. Son diplôme obtenu avec la mention maximale témoigne d’une capacité à gérer simultanément deux exigences extrêmes.
Le programme dual career représente pour elle bien plus qu’un simple aménagement administratif. Durant sa formation, elle a pu négocier des reports d’examens lors de compétitions internationales, notamment avant un championnat en Algérie. Ces facilitations lui ont permis de maintenir un équilibre fragile entre recherche et performance. Chaque activité nourrit l’autre : les pauses d’étude correspondent aux moments d’entraînement, et inversement, créant un rythme où le cerveau trouve des phases de récupération alternées.
Ses résultats sportifs parlent d’eux-mêmes avec des classements remarquables dans les compétitions continentales et mondiales. En 2018, elle termine onzième aux championnats d’Europe de course en montagne. L’année suivante, elle décroche une dixième place européenne sur 3000 mètres et une neuvième position mondiale en course de montagne. L’année 2021 marque un sommet avec quatre titres nationaux et une médaille d’argent européenne sur 10 000 mètres.
| Année | Compétition | Résultat |
|---|---|---|
| 2018 | Championnats d’Europe montagne | 11ème place |
| 2019 | Championnats d’Europe 3000m piste | 10ème place |
| 2019 | Championnats du monde montagne | 9ème place |
| 2021 | Championnats d’Europe 10 000m | Médaille d’argent |
Une barrière législative héritée du fascisme
Le véritable obstacle dans la carrière d’Anna Arnaudo ne provient ni de sa condition physique ni de son niveau de performance. Une loi promulguée en 1932, sous le régime fasciste de Mussolini, interdit l’accès aux groupes sportifs militaires aux personnes diabétiques. Cette disposition législative n’a jamais été révisée depuis près d’un siècle. Pour une athlète atteinte de diabète de type 1, cela signifie l’impossibilité d’obtenir un statut professionnel complet avec le salaire qui l’accompagne.
Cette discrimination administrative prive les sportifs concernés d’une stabilité financière accessible à leurs homologues sans cette pathologie. Contrairement aux membres des groupes sportifs militaires, Anna Arnaudo dépend d’un système de soutien fragmenté. Les déplacements avec l’équipe nationale restent financés, tout comme certains frais pris en charge par la Fédération italienne d’athlétisme. Le CUS Torino, son club, apporte également son appui, complété par la Fédération des Sociétés Diabétologiques qui soutient spécifiquement les athlètes concernés par cette pathologie.
Face à cette situation anachronique, des démarches ont été entreprises auprès des institutions politiques italiennes. Des représentants d’athlètes diabétiques se sont rendus au Sénat pour porter cette cause et demander une révision de la législation. Cette mobilisation vise à mettre fin à une exclusion qui n’a plus aucun fondement médical ou sportif dans le contexte actuel, où la gestion du diabète permet des performances au plus haut niveau international.
La gestion d’une vie entre trois continents
Les déplacements constants imposés par le calendrier sportif international pourraient compromettre la continuité académique. Pourtant, Anna Arnaudo a développé une méthode d’adaptation remarquable. Ses livres l’accompagnent systématiquement lors de ses voyages vers des destinations aussi variées que la Patagonia, les centres d’entraînement de Tirrenia ou les stages en altitude à Sestriere. Cette capacité à étudier partout constitue une compétence acquise progressivement.
La reconnaissance de ses pairs universitaires représente une satisfaction particulière. Craignant initialement d’être perçue comme une étudiante moins sérieuse, elle a constaté au contraire une estime sincère pour son engagement. Ses collègues apprécient la discipline nécessaire pour mener de front ces deux carrières exigeantes. Cette double identité, loin de constituer un handicap, devient une richesse dans son environnement académique.
Les échecs font partie intégrante de son parcours, qu’ils surviennent sur la piste ou lors des examens. Certaines compétitions ont pâti de la fatigue accumulée par les révisions. Inversement, des périodes de préparation sportive intense ont compliqué des échéances universitaires. Cette jeune athlète a appris à accepter ces contretemps comme des éléments constitutifs de son parcours, refusant l’abandon malgré les difficultés répétées.
Perspectives d’avenir entre laboratoire et piste
Contrainte de choisir entre recherche scientifique et carrière sportive, Anna Arnaudo refuse cette alternative. Ses projets combinent la poursuite du doctorat avec l’ambition académique et la préparation marathon. Cette vision rejette la séparation artificielle entre ses deux passions. Les éléments qui définissent son parcours incluent :
- L’objectif de développer une carrière universitaire dans le domaine de l’intelligence artificielle appliquée
- La préparation physique intensive pour aborder la distance du marathon avec les mêmes exigences
- Le maintien d’un équilibre entre deux domaines d’excellence complémentaires
- La volonté de valider qu’une pathologie chronique ne limite pas les ambitions professionnelles
Son histoire illustre comment des normes juridiques dépassées peuvent freiner des talents exceptionnels. Elle incarne également la possibilité de transcender les obstacles administratifs par la détermination personnelle, tout en continuant de militer pour une évolution législative qui bénéficierait aux futures générations d’athlètes diabétiques.


