Le monde du sport international fait face à un débat majeur concernant la participation d’Israël aux compétitions sportives. Les tensions géopolitiques et les actions militaires dans la Striscia di Gaza ont déclenché une vague de protestations et de demandes d’exclusion. Cette situation contraste avec la réaction rapide qu’avait connue la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Examinons les différentes positions et l’évolution de ce mouvement qui gagne en ampleur.
Montée des pressions institutionnelles face à la situation à Gaza
Après près de deux ans de conflit dans la bande de Gaza, l’attitude des institutions sportives envers Israël évolue sensiblement. En mai 2025, Glenn Micallef, commissaire européen aux Sports, a marqué un tournant en déclarant qu’il ne devrait y avoir « aucun espace » dans les compétitions pour « ceux qui ne partagent pas nos valeurs ». Bien qu’il n’ait pas explicitement mentionné Israël, ses propos représentent la première prise de position d’un haut responsable européen sur d’éventuelles sanctions sportives.
Cette déclaration est intervenue peu après un congrès controversé de la FIFA où la demande palestinienne d’exclure la fédération israélienne n’avait pas été soumise au vote. La Fédération palestinienne de football (PFA) avait pourtant soumis un dossier détaillé d’accusations contre son homologue israélienne (IFA) en mai 2024. Susan Shalabi, vice-présidente de la PFA, a dénoncé le manque de transparence dans l’enquête promise par la FIFA.
Les accusations palestiniennes reposent principalement sur deux éléments :
- La discrimination présumée envers les athlètes palestiniens et la destruction d’infrastructures sportives à Gaza
- L’intégration dans le championnat israélien de six clubs basés dans des colonies de Cisjordanie, territoires considérés comme illégalement occupés par la communauté internationale
Ce second point fait particulièrement écho à un précédent : en 2014, l’UEFA avait interdit à la Russie de reconnaître les clubs de Crimée après l’annexion de ce territoire ukrainien. La Cour internationale de justice a réaffirmé en juillet 2024 l’illégalité des colonies israéliennes, renforçant l’argument palestinien.
La campagne « Show Israel the Red Card » et la mobilisation internationale
Début 2025, une campagne mondiale baptisée « Show Israel the Red Card » a pris une ampleur considérable. Initiée par le groupe ultras Green Brigade du Celtic Glasgow, cette initiative a rapidement rallié 180 clubs de supporters dans 38 pays répartis sur tous les continents. Ces supporters demandent l’exclusion d’Israël des compétitions internationales en déployant banderoles et messages dans les stades.
La Green Brigade entretient un lien historique avec la cause palestinienne. Ce groupe d’extrême gauche, issu de la communauté irlandaise d’Écosse, arbore régulièrement des drapeaux palestiniens lors des matchs. En 2019, certains de ses membres ont même créé une école de football dans le camp de réfugiés d’Aida en Cisjordanie, initialement nommée « Aida Celtic » puis rebaptisée « Lajee Celtic » (lajee signifiant « réfugié » en arabe).
En Italie, la campagne a connu un succès remarquable, notamment grâce aux nombreux clubs de « calcio popolare » (football populaire), des associations sportives amateurs engagées socialement et politiquement. Des supporters de clubs professionnels comme Empoli et Pise ont également rejoint le mouvement. L’automne 2025 s’annonce particulièrement tendu avec la programmation de deux matchs entre les équipes nationales italienne et israélienne dans le cadre des qualifications pour la Coupe du Monde 2026.
| Date | Événement | Conséquence |
|---|---|---|
| Janvier 2024 | Exclusion d’Israël des compétitions de hockey sur glace | Décision annulée une semaine plus tard |
| Février 2024 | Pétition DiEM25 avec 70 000 signatures | Aucune exclusion des JO de Paris |
| Mars 2023 | Interdiction par l’Indonésie de l’équipe U20 israélienne | Mondial U20 déplacé en Argentine |
| Octobre 2024 | Match Italie-Israël à Udine | Manifestation de 2000 personnes |
Les obstacles à l’exclusion sportive d’Israël
Malgré la montée des protestations, plusieurs facteurs freinent une possible exclusion d’Israël des compétitions internationales. D’abord, la position des fédérations nationales reste majoritairement prudente. En Europe, seule la présidente de la fédération norvégienne, Lise Klaveness, a explicitement condamné les attaques israéliennes à Gaza.
Ce point est crucial car si la FIFA organisait un vote sur d’éventuelles sanctions, les 55 fédérations européennes membres de l’UEFA auraient un poids considérable dans la décision finale. Or, la plupart d’entre elles semblent suivre la ligne de leurs gouvernements respectifs, généralement réticents à sanctionner sportivement Israël.
Les précédentes tentatives d’exclusion dans d’autres sports ont connu des résultats mitigés :
- En hockey sur glace, l’exclusion prononcée en janvier 2024 a été rapidement annulée
- La pétition demandant l’exclusion des JO de Paris 2024 n’a pas abouti
- Les basketteuses irlandaises ont refusé de serrer la main de leurs adversaires israéliennes en février 2024
- L’Indonésie a réussi à bloquer la participation d’Israël au Mondial U20 de football en 2023
L’appartenance d’Israël à l’UEFA depuis 1994, après son exclusion de la confédération asiatique vingt ans plus tôt, complique également la situation. Cette intégration européenne offre une protection institutionnelle face aux pressions qui proviennent majoritairement des pays à forte population musulmane, traditionnellement plus sensibles à la cause palestinienne.
Alors que la FIFA continue de repousser sa décision concernant les accusations palestiniennes, le mouvement pour l’exclusion d’Israël des compétitions sportives internationales poursuit sa progression. Cette dynamique reflète l’évolution plus large de l’opinion publique mondiale face au conflit israélo-palestinien et pose la question fondamentale du rôle politique du sport dans les relations internationales.
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