Dans un monde de plus en plus instable, les dirigeants de la Silicon Valley adoptent des stratégies surprenantes pour se préparer à d’éventuelles catastrophes. Cette tendance, autrefois discrète, se développe au grand jour alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les menaces existentielles semblent se multiplier. Entre bunkers luxueux et arsenaux personnels, étudions comment l’élite technologique américaine se prépare au pire.
Les abris souterrains de luxe: nouveau symbole de statut chez les milliardaires
La préparation à l’apocalypse n’est plus l’apanage des survivalistes marginaux. Selon Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, plus de la moitié des milliardaires de la Silicon Valley possèderaient désormais un refuge en cas de catastrophe majeure. Cette tendance s’est particulièrement accentuée après la pandémie de COVID-19.
Ron Hubbard, fondateur d’Atlas Survival Shelters, confirme ce phénomène : « Quand un conflit éclate ou lorsque l’Amérique bombarde l’Iran, notre activité connaît une forte hausse ». Les tensions récentes entre Israël et l’Iran ont ainsi provoqué un pic de demandes. Larry Hall, propriétaire de Survival Condo, observe la même corrélation entre instabilité mondiale et ventes de bunkers.
Ces abris sont loin des sombres casemates militaires d’antan. Ils représentent un nouveau symbole de statut social pour l’élite. « Auparavant, ce sujet était tabou, mais depuis la pandémie, c’est devenu un élément de prestige », explique Hall. Les installations les plus luxueuses comprennent des caractéristiques dignes de résidences de milliardaires :
- Caves à vin climatisées
- Piscines intérieures
- Stands de tir privés
- Pistes de bowling
- Systèmes de filtration d’air autonomes
Le prix de ces sanctuaires souterrains reflète leur caractère exclusif. Les modèles les plus sophistiqués se négocient entre 850 000 et 1,7 million d’euros, avec des options personnalisables selon les craintes spécifiques de chaque client.
Mark Zuckerberg et Sam Altman: entre démenti et préparation discrète
Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, entretient une relation ambiguë avec sa préparation aux catastrophes. Dans le podcast « This Past Weekend w/ Theo Von », il a reconnu posséder un « tunnel souterrain » sur sa propriété hawaïenne, tout en minimisant les informations publiées à ce sujet.
Selon le magazine Wired, Zuckerberg aurait fait construire un bunker de près de 465 mètres carrés sous sa propriété. Hawaii News Now précise que les documents d’urbanisme mentionnent un « abri anti-tempête » de 418 mètres carrés. Interrogé par Bloomberg, le milliardaire a qualifié cet espace de simple « sous-sol » ou « espace de stockage », ajoutant : « Je pense que les médias ont exagéré, comme si toute la propriété était une sorte de bunker de fin du monde, ce qui est tout simplement faux. »
Sam Altman, PDG d’OpenAI, maintient une position similaire. Il nie posséder un bunker mais admet avoir des « structures ». Lors d’un événement Tech Live du Wall Street Journal en 2023, il est resté évasif sur la nature de ces installations, précisant seulement qu’aucune ne serait utile si l’intelligence artificielle venait à échapper à tout contrôle. En 2016, il avait confié au New Yorker posséder une propriété à Big Sur, en Californie, où il pourrait se réfugier en cas d’urgence.
| Dirigeant tech | Type d’installation | Localisation |
|---|---|---|
| Mark Zuckerberg | « Tunnel souterrain » / « Abri anti-tempête » | Hawaii |
| Sam Altman | « Structures » non spécifiées | Californie (Big Sur) |
| Peter Thiel | Projet de propriété (refusé) | Nouvelle-Zélande |
| Palmer Luckey | Silos de missiles désaffectés | Non divulgué |
Peter Thiel, cofondateur de PayPal, a tenté de faire construire une propriété de dix chambres en Nouvelle-Zélande, projet rejeté suite aux préoccupations environnementales. Certains observateurs suspectent que cette résidence aurait inclus un bunker de survie.
Des emplacements controversés
Larry Hall se dit « stupéfait » par certains choix d’emplacements. « La Californie et la Nouvelle-Zélande sont situées près de frontières tectoniques actives. Ce sont les deux endroits où l’on ne devrait pas construire de bunkers, et pourtant ces milliardaires construisent prétendument à ces deux endroits », observe-t-il.
Au-delà des bunkers: l’arsenal apocalyptique des géants de la tech
La préparation aux catastrophes ne se limite pas aux abris souterrains. De nombreux dirigeants technologiques constituent des arsenaux complets pour faire face à divers scénarios d’effondrement.
Sam Altman a révélé au New Yorker posséder « des armes, de l’or, de l’iodure de potassium, des antibiotiques, des batteries, de l’eau et des masques à gaz des forces de défense israéliennes ». Cette collection reflète une préparation méthodique face à des menaces variées : conflits armés, pandémies, ou effondrements économiques.
Steve Huffman, PDG de Reddit, a investi dans des armes, des munitions et des motos. Sa préparation va jusqu’à des considérations médicales : il a subi une opération au laser des yeux en 2015 pour améliorer ses chances de survie en cas de catastrophe, s’affranchissant ainsi de la dépendance aux lunettes ou lentilles.
Palmer Luckey, fondateur d’Oculus et d’Anduril, bien qu’il ne se définisse pas comme « survivaliste », possède une importante collection de véhicules militaires anciens. Il a également acquis d’anciens silos de missiles, dont certains s’étendent sous terre. Dans une interview accordée à Bloomberg, il a révélé y conserver « la plus grande collection de jeux vidéo au monde » à environ 61 mètres sous la surface.
Cette tendance à la préparation apocalyptique chez les élites technologiques soulève des questions sur leur vision du futur. Ces investissements massifs dans des structures défensives traduisent-ils une connaissance privilégiée des risques à venir ou simplement une paranoia alimentée par la richesse? Quoi qu’il en soit, comme le note Larry Hall, « beaucoup de gens aiment vivre par procuration à travers ce que font d’autres personnes », expliquant ainsi l’attrait croissant pour ces préparatifs d’apocalypse parmi l’élite mondiale de la technologie.


