« Donner, plus fort que recevoir »

puzzleUne adhérente de l’AJUV nous a envoyé le texte que vous pourrez lire ci-dessous. Nous le publions parce qu’il correspond pleinement aux valeurs que porte notre association et que nous souhaitons faire vivre chaque jour à Juvisy.

L’avantage d’être retraitée, c’est que l’on a du temps libre. Et qu’on peut le mettre à profit pour aller au cinéma, faire du bénévolat… C’est ainsi que ces jours-ci, j’ai eu l’occasion, quasiment en même temps, de voir le (très beau) film de Ken Loach (« Moi Daniel Blake ») puis de participer à une collecte alimentaire dans le cadre de la Banque Alimentaire. Quel lien me direz-vous ? Le voilà.

Le film de Ken Loach a eu la Palme d’Or à Cannes. Cela se passe aujourd’hui en Grande-Bretagne. Il est difficile de le voir sans être profondément ému, tant les difficultés auxquelles sont confrontés ses personnages apparaissent inhumaines et injustes. La collecte à laquelle j’ai participé se passe en France, aujourd’hui. Elle est pilotée, à Juvisy, par la Conférence Saint-Vincent de Paul. Ces journées sont l’occasion de rencontres, d’échanges, de discussions, parfois difficiles, parfois surprenantes, mais toujours enrichissantes.

En cela, d’ailleurs, elles me rappellent les tournées syndicales : on sait souvent au premier regard qui va être intéressé, qui va « accrocher », qui va « se défiler » et qui va vous « envoyer balader ». Mais parfois on se trompe, et les surprises sont d’autant plus belles !

Les jours de collecte, il y a les « grincheux » : ceux qui vous répondent de façon peu amène, telle une dame dont l’accent prouve qu’elle vient d’un pays du Sud de l’Europe, qui vous dit : « déjà qu’ils viennent manger notre pain, vous ne voudriez pas qu’en plus, je leur donne à manger ? ».

Il y a les « pas courageux » : ceux qui ne quittent pas leurs chaussures des yeux (sans doute de peur de croiser les vôtres), et rasent le mur du pressing voisin (étonnant, le nombre de gens qui s’intéressent aux tarifs de cette boutique) ; ceux-là ne répondent même pas à votre bonjour. Je les laisse passer (pourquoi insister ?), mais ma complice de la journée les « coince » un peu plus loin. Double honte…

Et puis il y a l’immense majorité, celle qui me laisse à penser que la solidarité n’est pas un vain mot. C’est la famille avec enfants qui vous demande avant même qu’on les sollicite « on vous donne comme d’habitude ? ». C’est le (très) jeune couple, qui s’excuse de ne donner qu’un paquet de pâtes, alors qu’ils n’ont acheté que très peu de choses pour eux-mêmes. D’ailleurs beaucoup de gens s’excusent de ne pas donner plus, et on les sent sincères. C’est la dame pressée, encombrée de paquets, qui dit « ah zut, je vous ai oubliés ; je cours à ma voiture, et je reviens ». Et elle refait des courses. Ce sont ces personnes âgées, voire très âgées, qui ont du mal à porter leur sac ; mais qui ont pris le temps d’y ajouter plusieurs produits (« parce qu’il faut bien aider les autres »). C’est un jeune homme qui revient exprès faire des achats, et nous reproche de ne pas avoir assez insisté la première fois qu’il est passé. Et qui choisit des confitures sympas (« parce que les fraises, c’est pas original »).

Et c’est aussi (et c’est là qu’interviennent les personnages de « Daniel Blake ») ce monsieur qui arrive avec des paquets de produits typiquement féminins. Il hésite un peu à les donner, et nous dit « je viens de voir le film de Ken Loach et j’ai pensé que vous pourriez en avoir besoin pour votre collecte ». Ce monsieur ne se trompait pas. Dans le film, Katie, mère célibataire de deux enfants, vole un paquet de ces choses dont on ne parle pas dans une conversation sérieuse, mais qui sont quand même indispensables pour les filles chaque mois. Parce qu’elle a le choix entre acheter ça ou acheter à manger. « Daniel Blake » un mélo ? Peut-être… Mais ici, en France, au XXIème siècle, et même à Juvisy, des femmes aussi doivent choisir entre acheter de la nourriture ou des produits d’hygiène pourtant indispensables…

Heureusement, il y a toutes les associations caritatives, et tous ces bénévoles qui donnent du temps et de l’énergie. En tant que femme et syndicaliste, bénévole, voire « nantie » à en croire certains, ce film et cette journée m’ont donné une fois de plus à réfléchir sur la solidarité, sur l’aide nécessaire aux plus démunis, sur cette société parfois impitoyable qui risquerait de ressembler à celle décrite par Ken Loach. Mais toutes ces rencontres constituent une lueur d’espoir, que nous, retraités et bénévoles, devons continuer à entretenir, avec l’espoir et l’ambition qu’un jour, il n’y ait plus ni Daniel Blake, ni Katie, ni collecte alimentaire, ni ici et ni ailleurs.

Monique Tessier

 

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